"Dès mon plus jeune âge, j'ai pu m'adonner à l'improvisation sous le regard bienveillant de mon merveilleux professeur de piano Ignace Bolotine. A 9 ans, j'ai commencé à noter mes petites compositions, et je n'ai plus arrêté depuis...."

Les prix, reconnaissances et charges académiques sont venus bien plus tard, mais n'ont rien changé à ce parcours, commencé sous l'influence du génie propre à l'enfance. Joseph Jongen, le découvrant, déconseilla aux parents de la petite fille de 6 ans de fréquenter prématurément le Conservatoire ... qu'il dirigeait pourtant. 

[...]
"J'ai aussi eu la chance de rencontrer des personnalités telles que le musicologue Denijs Dille qui, dès 1953, me fit découvrir les chefs d'œuvre de la musique du XXe siècle; plus tard, les compositeurs Goffredo Petrassi, Witold Lutoslawski et Henri Dutilleux pour lesquels j'ai une grande admiration et qui m'ont, à plusieurs reprises, prodigué leurs encouragements".

En 1959, la participation au Concours de Rome lui vaudra son "premier et dernier diplôme scolaire", sésame indispensable à l'enseignement, auquel elle se consacra de 1963 à 1990, comme professeur de théorie puis de composition aux Conservatoires Royaux d'Anvers puis de Bruxelles.

Polyglotte, grande voyageuse, vivemetn intéressée par les créations de la nature (par les coquillages notamment, qu'elle récolte des quatre coins du monde), elle est régulièrement invitée par les conservatoires d'Europe, des Etats-Unis, du Proche-Orient, d'Asie et de Nouvelle-Zélande.

Quatre sites; On a landscape by Turner; Halo; Rivages solitaires; Vent d'Est; Horizons; Fougères; Zéphyr; Rose des sables; Alba; Aratoro -c'est-à-dire en Maori: "sentier à découvrir" autant de titres, parmi d'autres, qui reflètent ses sources d'inspiration.


"Laissez tomber sans discusssion
la loi de la pesanteur" (Achille Chavée)

[...]  A l'écoute de ses pièces concises et et d'une diversité toujours surprenante, des sensations de clarté ou de luminosité, de fraîcheur ou de limpidité viennent à l'esprit, des images de transparence ou d'irisation nous traversent, une sorte d'immatérielle délicatesse nous saisit. Cette écriture procède d'abord et très fondamentalement d'une attitude générale face au spectacle du monde : un regard contemplatif et souriant, qui se nourrit des atmosphères, des climats les plus divers et s'en enchante.
[...]
Son art, d'allure spontanée et impromptue, se révèle, à l'analyse, très subtilement construit, et servi par une connaissance érudite qui n'enlève rien à son propos principal.

La distanciation sereine et la rêverie sont parfois si intenses qu'elles prennent une dimension hypnotique. Le ravissement n'est pas loin, mais, par une ruse de l'esprit qui ne veut pas être prisonnier de lui-même et s'évader dans les chemins de l'abstraction, le contact avec la réalité demeure toujours maintenu, en donnant le dernier mot à la sensibilité, à l'humour, et en se tournant vers le monde qui nous entoure.

Extrait du texte de Pierre Loze et Philippe Terseleer
pour le disque
"Jacqueline Fontyn, chamber music"